
Portrait 003 · FRANCE
Aurélie
Les humains derrière les mailles
Elle a appris aux côtés de sa grand-mère, s’est éloignée, puis est revenue pour de bon. Aujourd’hui, Aurélie donne une voix au crochet.
Introduction de World Crochet Journal
Chaque dimanche, en France, un podcast tend son micro à quelqu’un qui crochète.
Derrière Crochet & Vous, il y a Aurélie. Dans ce troisième portrait du World Crochet Journal, elle raconte ce qui la fait avancer, et les personnes qu’elle croise en chemin.
Oui, là, je sais pourquoi je fais ça.
Avec ses propres mots · Dans ses mots, en français
Pour commencer, comment le crochet est-il entré dans ta vie, et quelle place occupe-t-il aujourd’hui dans ton quotidien ?
Le crochet est entré dans ma vie quand j’avais 9 ans. J’ai commencé à crocheter aux côtés de ma grand-mère, puis j’ai fait une longue pause pendant mon adolescence et mes premières années de jeune adulte. J’ai repris le crochet vers 24 ans, autour de 2011, et depuis, je ne me suis plus arrêtée. Aujourd’hui, le crochet occupe une place quotidienne dans ma vie. Il fait partie de mon univers professionnel, puisque presque tout ce que je crée et développe tourne autour de lui.
Qu’est-ce que tu aimes le plus dans le crochet aujourd’hui, après toutes ces années à le pratiquer et à vivre entourée de cet univers ?
Ce que j’aime le plus dans le crochet, c’est le moment où une création est enfin terminée et que je la trouve réussie. Après avoir passé des heures à compter, vérifier, créer, écrire, recommencer parfois plusieurs fois, il y a ce moment où tout est fini, où, en regardant le résultat et je me dis : « Oui, là, je sais pourquoi je fais ça. »
Parmi tout ce que le crochet t’a permis de créer, de vivre ou de rencontrer, y a-t-il un projet ou un moment dont tu es particulièrement fière ? Pourquoi ?
C’est une question assez difficile, parce que le crochet m’a permis de créer et de mettre en place beaucoup de choses. Il y a bien sûr le podcast, chaque dimanche, qui me permet de parler du crochet et de faire découvrir cet univers autrement. Je travaille aussi avec plusieurs magazines, pour lesquels je rédige régulièrement des pages autour du crochet.
Mais s’il y a une chose dont je suis particulièrement fière, ce sont les rencontres crochet que j’organise deux fois par mois. Quand je vois toutes ces passionnées réunies autour d’une table, qui échangent, discutent, rient et partagent, je me dis : « Oui, ce que je fais, ça sert à quelque chose. »
Avec Crochet & Vous, tu as rencontré et écouté beaucoup de personnes différentes. Est-ce que certaines de ces histoires ont changé ta propre manière de voir le crochet ?
Oui, certaines rencontres ont vraiment changé ma façon de voir le crochet. Je pense notamment à Crochet Maniak, invitée dès l’épisode 3, dont l’aisance et le naturel face caméra ont beaucoup influencé ma propre façon de faire le podcast. Mais il y en a beaucoup d’autres. Plus récemment, Kuba de Pracownia Blask m’a marquée par sa façon très particulière de crocheter, notamment en lâchant régulièrement son crochet, tout en réalisant des amigurumis incroyablement mignons. Ça m’a rappelé qu’au fond, on peut tenir son crochet comme on veut : ce qui compte, c’est ce que l’on en fait.
Je pense aussi à Marl, de queskyspasse, avec ses créations complètement étonnantes, à Vic French Crochet et ses gros gilets, ou encore à Velvet Crochet et son univers très coloré.
Finalement, ce sont souvent les personnes qui sortent de l’ordinaire qui changent ma manière de voir le crochet. Celles qui ont une technique, un style ou un univers bien à elles et qui me font me dire : « Ah oui, on peut aussi faire ça avec du crochet ! »
on peut tenir son crochet comme on veut : ce qui compte, c’est ce que l’on en fait.

Qu’est-ce qui t’inspire le plus aujourd’hui dans cet univers : les personnes, les matières, les créations, les histoires, autre chose ?
Ce qui m’inspire le plus aujourd’hui, ce sont avant tout les personnes. C’est d’ailleurs ce que j’essaie de transmettre dans le podcast en donnant la parole à un invité à chaque épisode : raconter son histoire, sa manière d’aborder le crochet, sa créativité, son parcours. Les créations m’inspirent aussi, bien sûr. Certaines me mettent vraiment des étoiles dans les yeux. Mais ce qui me touche le plus, ce sont les humains derrière ces créations et les histoires qu’ils ont à raconter.
Comment vois-tu la culture du crochet en France aujourd’hui ? As-tu l’impression qu’elle évolue avec les nouvelles générations et les réseaux sociaux ?
Oui, clairement. On voit arriver une nouvelle génération qui ne correspond plus du tout à l’image traditionnelle que l’on peut avoir du crochet, celle d’une pratique surtout féminine et associée à des personnes plus âgées. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes s’y mettent, notamment des hommes, avec des styles et des créations très différents de ce que l’on voyait auparavant. Les réseaux sociaux ont énormément contribué à cette évolution. Ils ont donné de la visibilité au crochet et permis de faire émerger de nouvelles façons de créer. Je trouve cette évolution très positive : elle montre que le crochet est vivant, qu’il se renouvelle et qu’il peut encore surprendre.
On voit souvent le résultat final, une jolie création, une vidéo, un épisode ou un projet abouti. Qu’est-ce que les gens ne voient pas derrière tout ce travail autour du crochet ?
Derrière une création ou un épisode de podcast, il y a beaucoup d’heures que l’on ne voit pas : faire, défaire, recommencer, douter, s’énerver parfois, enregistrer plusieurs fois, monter, corriger…
Mais il y a aussi tout l’envers du décor positif : les messages de personnes qui attendent le podcast chaque semaine, celles qui osent se lancer grâce à un patron qu’elles ont trouvé accessible, ou simplement les échanges que tout ce travail permet de créer.
Finalement, il y a beaucoup de travail invisible, mais aussi énormément de récompenses humaines.
Pour terminer, la question que nous posons à tout le monde dans le World Crochet Journal : si tu pouvais crocheter n’importe où dans le monde, aux côtés de n’importe quelle personne, où serais-tu et avec qui aimerais-tu partager ce moment ?
Je crois que je choisirais une plage, les pieds dans le sable, avec Débo et Jimmy, mes deux acolytes du podcast avec qui je partage déjà beaucoup. Nous retrouver tous les trois, au soleil, avec nos crochets et nos projets en cours, ce serait vraiment le moment sympa.
