
Portrait 004 · CANADA
Vic French Crochet
Des mailles libres, vibrantes et sans frontières
Un Français au Canada, un mari qui lui a appris les bases, et des vêtements qui refusent de passer inaperçus.
Introduction de World Crochet Journal
Ses premiers carrés ne ressemblaient pas vraiment à des carrés. Aujourd’hui, ses gilets et ses pulls font le tour du monde sur les réseaux.
Dans ce quatrième portrait du World Crochet Journal, Vic parle de couleur, de liberté, des clichés qu’il aime casser, et de la personne qui lui a tendu son tout premier crochet.
Le crochet permet énormément de liberté.
Avec ses propres mots · Dans ses mots, en français
Comment le crochet est-il entré dans ta vie, et à quel moment as-tu compris qu’il pouvait devenir bien plus qu’un loisir pour toi ?
Depuis tout petit, j’ai toujours été entouré par les travaux manuels. Ma maman faisait beaucoup de tricot et de couture, et c’est elle qui confectionnait nos vêtements lorsque mes sœurs et moi étions enfants.
J’ai donc grandi avec cette image de la création faite à la main, même si je ne savais pas encore que cela prendrait une place aussi importante dans ma vie.
J’ai découvert le crochet en 2018, lorsque j’ai rencontré mon mari. C’est lui qui m’a montré cette technique et qui m’a appris les bases. J’ai tout de suite accroché, même si mes débuts étaient loin d’être parfaits ! Je me souviens de mes premiers essais, avec des carrés qui ne ressemblaient pas vraiment à des carrés. Mais j’ai aimé le fait de pouvoir créer quelque chose de mes propres mains. J’ai persévéré, j’ai appris petit à petit et je me suis amélioré avec le temps. Aujourd’hui, le crochet est devenu une véritable passion qui occupe une place très importante dans ma vie.
Tes créations ont une identité très reconnaissable, notamment par les couleurs, les volumes et les vêtements que tu imagines. Comment construis-tu ton univers : est-ce que tu pars d’une idée précise ou est-ce que la matière finit souvent par décider à ta place ?
Je fonctionne un peu des deux façons !
Parfois, j’ai une idée assez précise du vêtement que je veux créer, de sa forme ou des couleurs que je souhaite utiliser. Mais il m’arrive aussi de tomber sur une pelote dont les couleurs m’inspirent immédiatement et de construire tout un projet autour d’elle.
J’adore les couleurs, les mélanges et les pièces qui ont du caractère. Je ne cherche pas forcément à reproduire ce qui existe déjà : j’aime expérimenter, essayer des associations auxquelles on ne penserait pas forcément et voir jusqu’où je peux aller avec une matière.
Le crochet permet énormément de liberté.
Un même fil peut donner des résultats complètement différents selon le point utilisé, le volume ou la façon d’assembler les pièces. Je pense que mon univers vient justement de cette envie de ne pas me limiter et de laisser une place à l’improvisation. Je peux avoir un plan au départ, mais je laisse toujours la création évoluer en cours de route.

Tu sembles utiliser le vêtement comme un véritable moyen d’expression. Qu’est-ce que le crochet te permet de raconter sur toi que tu aurais peut-être plus de mal à exprimer autrement ?
Je pense que mes créations montrent une partie de ma personnalité que je n’exprime pas forcément avec des mots. J’aime les couleurs, l’originalité et les vêtements qui ne passent pas inaperçus. Pour moi, un vêtement peut raconter quelque chose de la personne qui le porte, et j’aime l’idée de pouvoir créer des pièces qui permettent aux gens d’affirmer leur personnalité.
Le fait de fabriquer un vêtement de mes propres mains lui donne aussi une dimension particulière. Ce n’est pas simplement un vêtement que l’on achète : il y a du temps, de la patience, des choix et beaucoup d’énergie derrière chaque pièce.
Avec Vic_French.Crochet, j’ai envie de montrer que le crochet ne se limite pas aux objets traditionnels ou aux accessoires. Il peut être moderne, créatif, audacieux et tout à fait adapté à la mode actuelle.
J’aime pouvoir faire évoluer cette image et montrer toutes les possibilités qu’offre cette technique.

Est-ce que le fait d’être un homme dans un univers encore très féminin t’a parfois donné le sentiment d’être à part, positivement ou négativement ?
C’est vrai que le crochet reste souvent associé aux femmes, mais personnellement, je pense que la créativité n’a pas de genre. Un fil et un crochet sont accessibles à tout le monde, et je trouve dommage qu’une activité soit encore parfois perçue comme réservée à un sexe plutôt qu’à un autre.
Être un homme qui fait du crochet peut attirer la curiosité, et je préfère voir cela comme une occasion de faire découvrir mon travail et de casser quelques idées reçues. Je suis fier de ma passion et je n’ai pas envie de me limiter à cause des clichés qui peuvent encore exister.
Ce qui compte pour moi, c’est le plaisir de créer, la qualité du travail et l’émotion que les créations peuvent susciter. Si mon parcours peut donner envie à d’autres hommes de se lancer, ou simplement montrer que chacun peut trouver sa place dans cet univers, alors c’est quelque chose de très positif.
je pense que la créativité n’a pas de genre.
Certaines de tes créations ont énormément circulé sur les réseaux. Qu’est-ce que ça change lorsque quelque chose que tu as fabriqué seul, maille après maille, se retrouve soudain regardé par des centaines de milliers de personnes ?
C’est assez incroyable de se dire qu’une création sur laquelle on a passé des heures, maille après maille, peut être vue par des millions de personnes partout dans le monde. Au départ, je crochète simplement parce que j’aime ça, parce que j’ai une idée en tête et que j’ai envie de la réaliser. Je ne m’attends pas forcément à ce qu’une création rencontre autant de succès.
C’est à la fois très gratifiant et un peu irréel. Les réseaux sociaux permettent de partager sa passion avec des personnes que l’on n’aurait probablement jamais rencontrées autrement. Ça me motive à continuer à créer, à essayer de nouvelles choses et à partager davantage mon univers.

Tu vis au Canada tout en étant suivi par une communauté très internationale et francophone. Est-ce que tu ressens des différences dans la manière dont le crochet est perçu ou pratiqué selon les pays et les cultures ?
Vivre au Canada tout en étant français me permet de faire partie d’une communauté vraiment internationale. Ce que j’aime dans le crochet, c’est justement qu’il n’y a pas de frontières : peu importe la langue ou le pays, on partage tous la même passion.
Il existe bien sûr des différences dans les styles, les inspirations, les couleurs et les techniques selon les cultures. Mais je trouve que les réseaux sociaux rapprochent énormément les passionnés.
On peut apprendre de quelqu’un qui vit à l’autre bout du monde, découvrir de nouvelles façons de créer et s’inspirer mutuellement. C’est l’un des plus beaux aspects de cette communauté.

Quand on découvre ton travail en ligne, on voit surtout les pièces terminées, les couleurs et l’énergie de tes vidéos. Qu’est-ce qu’on ne voit jamais derrière une création de Vic French Crochet ?
Derrière chaque création, il y a beaucoup plus que ce que l’on voit dans la vidéo finale. Il y a le temps passé à réfléchir au projet, à choisir les couleurs, à tester des idées, à défaire des rangs quand le résultat ne correspond pas à ce que j’imaginais, puis à recommencer.
Il y a aussi toute la partie que l’on ne voit pas forcément : filmer, prendre des photos, préparer les publications et partager son travail sur les réseaux sociaux. Et puis, il y a le fameux bazar des pelotes derrière l’écran ! On voit une jolie création terminée, mais on ne voit pas forcément les dizaines de pelotes qui traînent autour de moi, les fils emmêlés et le désordre qui accompagne parfois la créativité !
Mais surtout, il y a beaucoup de passion et de patience. Le crochet m’a appris qu’il faut parfois accepter que tout ne soit pas parfait du premier coup. Chaque création est une aventure, et c’est aussi ce qui rend cette passion si enrichissante.
Pour terminer, la question que nous posons à tout le monde dans le World Crochet Journal : si tu pouvais crocheter n’importe où dans le monde, aux côtés de n’importe quelle personne, où serais-tu et avec qui aimerais-tu partager ce moment ?
Sans hésiter, je choisirais mon mari. C’est lui qui m’a fait découvrir le crochet en 2018 et qui m’a appris les bases. Depuis, cette passion a pris une place très importante dans ma vie. J’aimerais pouvoir partager ce moment avec lui n’importe où dans le monde, dans un endroit qui nous fait rêver, avec nos crochets et nos pelotes de laine. Pour moi, le plus important ne serait pas la destination, mais de partager ce moment avec la personne qui m’a fait découvrir cette passion. Ce serait une belle façon de lui rappeler que, derrière Vic_French.Crochet, il y a aussi un peu de notre histoire.
