
Portrait 001 · TURQUIE
Ayten Kaya
Les fils de la mémoire
Des traditions de son enfance à Çorum à un univers créatif bien à elle, Ayten perpétue un savoir-faire transmis de femme en femme.
Introduction de World Crochet Journal
Dans l’enfance d’Ayten, le crochet n’était pas une activité que l’on décidait simplement de commencer un jour. Il était déjà là.
Dans la petite ville de Çorum où elle a grandi, la dentelle, l’oya, le tricot et le crochet faisaient partie de la vie quotidienne. Les savoir-faire se transmettaient entre femmes, les pièces étaient soigneusement confectionnées pour les trousseaux, et les objets faits main restaient dans les familles pendant des années, portant peu à peu des souvenirs bien au-delà de leur usage d’origine.
Ayten avait environ dix à douze ans lorsque sa sœur lui a appris le crochet. Sa première pièce fut une simple manique de cuisine. Des décennies plus tard, elle conserve encore une partie de la dentelle réalisée pendant ces premières années.
Son univers créatif s’est depuis élargi aux vêtements, aux sacs et aux idées découvertes sur Pinterest et auprès de créatrices et créateurs du monde entier. Pourtant, l’élan reste remarquablement le même : imaginer quelque chose, travailler patiemment avec le fil et le crochet, et voir une idée devenir réelle entre ses propres mains.
Pour le premier portrait de World Crochet Journal, Ayten revient sur la transmission, la patience, la curiosité et la force tranquille de faire quelque chose soi-même.
Aujourd’hui, quand je regarde ces dentelles, je ne vois pas seulement les ouvrages que j’ai faits. Je me souviens de mon enfance, de la vie de cette époque et du fait de créer des choses en y consacrant des heures de travail à la main.
Avec ses propres mots · Traduit fidèlement du turc
Comment le crochet est-il entré dans votre vie ?
Je suis Ayten. Je suis née et j’ai grandi dans un petit district de Çorum. Le crochet et le tricot font partie de ma vie depuis mon enfance. J’ai commencé à apprendre le crochet vers 10–12 ans.
À l’époque où j’ai grandi, les travaux manuels comme la dentelle, l’oya et le tricot étaient une partie très naturelle de la vie. Les filles surtout apprenaient et fabriquaient des choses pour leur trousseau, et on les conservait pendant des années. Moi aussi, j’ai grandi dans un tel environnement.
Ma grande sœur a joué un grand rôle dans ma première rencontre avec le crochet. C’est elle qui m’a appris à faire du crochet la première fois. La première chose que j’ai faite était une manique de cuisine. C’était peut-être une chose très simple, mais pour moi, cela a été le point de départ.
Ensuite, j’ai commencé à faire de la dentelle et, au fil des années, j’en ai accumulé beaucoup. À cette époque, la dentelle que l’on faisait était préparée pour le trousseau et rangée dans des coffres. Mes anciennes dentelles sont toujours là. Il m’arrive de penser : si seulement j’avais eu un coffre, moi aussi.
Aujourd’hui, quand je regarde ces dentelles, je ne vois pas seulement les ouvrages que j’ai faits. Je me souviens de mon enfance, de la vie de cette époque et du fait de créer des choses en y consacrant des heures de travail à la main.

Qu’aimez-vous le plus dans le crochet aujourd’hui ?
Je crois que ce que j’aime le plus, c’est faire naître de mes propres mains quelque chose que j’ai en tête.
Au fil des années, je n’ai pas toujours fait la même chose. Pendant une période j’ai fait de la dentelle, pendant une période je me suis consacrée aux oyas, pendant une période j’ai fait des vêtements. J’ai aussi fait des sacs ; surtout pendant la période du corona, j’ai tricoté énormément de sacs. Pendant cette période où nous étions à la maison, mes mains allaient sans cesse vers un ouvrage. Tricoter remplissait mon temps et me faisait du bien.
Je ne me suis pas encore tricoté une grande couverture. Cela dit, j’avais tricoté une couverture pour bébé à mon fils. Mais je crois que mon prochain objectif, maintenant, est de tricoter une couverture. On verra quand je m’attaquerai à cet objectif.
Je crois que ce qui me retient dans le crochet, c’est un peu cette diversité. Pendant que je fais une chose, je suis curieuse d’une autre. Je me dis : « Est-ce que je peux faire ça aussi au crochet ? » et je me retrouve à essayer quelque chose de nouveau.

Quelle est l’une des pièces que vous avez réalisées dont vous êtes la plus fière ?
Il y a une robe que j’ai vue sur Pinterest et que j’ai réalisée. Elle a une place à part pour moi.
Au lieu de simplement aimer quelque chose que j’avais vu quelque part, je me suis dit : « Est-ce que je peux faire ça ? » et j’ai commencé à essayer. À la fin, il en est sorti une robe que je pouvais porter, et cela m’a rendue très heureuse.
Pour moi, ce qui compte, ce n’est pas seulement que la robe soit belle. C’est qu’une idée se forme d’abord dans ma tête, puis qu’à force de travailler avec le fil et le crochet, elle se transforme en quelque chose de réel. Ce processus me rend très heureuse.
Est-ce que je peux faire ça ?
Qu’est-ce qui vous inspire ?
En fait, je m’inspire de choses très différentes. Les couleurs, les tissus, la nature, les vieux vêtements, les différentes cultures, parfois même un petit détail d’un bâtiment…
Pinterest et les réseaux sociaux me donnent aussi beaucoup d’idées. Mais au lieu de refaire exactement ce que je vois, j’aime me demander : « Comment puis-je transformer cela à ma façon ? »
Parfois je vois un petit motif, je l’essaie d’abord. Puis je l’adapte sur autre chose. Ainsi, une toute petite idée peut devenir un sac, un vêtement ou un autre ouvrage.


Comment voyez-vous la culture du crochet et du tricot en Turquie ?
Je pense que la culture des travaux manuels est très forte en Turquie. La dentelle, l’oya, le tricot et le crochet font partie de la vie des femmes depuis des années, et on les a souvent appris d’une mère, d’une grande sœur, d’une voisine.
Moi aussi, j’ai appris le crochet avec ma grande sœur. C’est pourquoi cela a un sens particulier pour moi.
Aujourd’hui, en revanche, les choses ont un peu changé. Grâce aux réseaux sociaux, nous pouvons voir les ouvrages de personnes du monde entier. Alors qu’avant nous étions limitées aux modèles que nous voyions autour de nous, nous pouvons maintenant accéder aux créations de personnes de différents pays. Moi aussi, je continue d’apprendre de nouvelles choses et de suivre le travail de différentes personnes.

Quel est le conseil le plus important que vous donneriez à quelqu’un qui débute le crochet ?
Je dirais : ne te compare pas aux autres.
La première chose que tu fais n’a pas besoin d’être parfaite. Moi aussi, j’ai défait beaucoup de choses et je les ai refaites. Quand ce n’était pas comme je le voulais, j’ai réessayé.
Je pense que dans les travaux manuels, il faut être un peu patient et ne pas renoncer à essayer. Avec le temps, ton propre style se forme de toute façon. Et le plus beau, c’est, au lieu de regarder ce que les autres ont fait et de dire « Je dois faire exactement la même chose », de découvrir ce que tes propres mains et ton propre goût font naître.

Si vous pouviez faire du crochet n’importe où dans le monde, avec n’importe qui, où aimeriez-vous être ?
Je dirais l’Islande.
Ses montagnes, sa nature et son air frais m’attirent beaucoup. Je suis aussi curieuse de la culture du tricot dans les pays scandinaves.
Je l’imagine : au milieu d’une belle nature, par un temps froid, assise avec une autre personne qui aime le tricot ou le crochet, nous bavardons tout en travaillant sur l’ouvrage que nous avons entre les mains.
Créer dans un tel cadre me semblerait très agréable. Avec affection….
